22 avril – Carnet de voyage

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Direction Kampot :

Je viens d’arriver à Kampot, village surprenant rien que par son histoire. Cette ville a connu son heure de gloire à l’époque coloniale grâce au commerce du poivre de Kampot, considéré comme le meilleur poivre au monde. Elle a son charme avec son port de pêche désuet et ses anciennes demeures coloniales le long de la rivière qui traverse cette petite ville. Je rencontre Phoun, un vieil homme où son passé douloureux peut se lire sur les traits de son visage. Assis au bord de la rivière, le soleil se couche doucement, et il me raconte. Il me raconte l’épisode du génocide cambodgien reconnu par l’ONU (avec le Rwanda et l’Allemagne nazi). La guerre du Cambodge qui débuta dans les années 70 avec l’armée des Khmers rouges dirigée par Pol Pot, a longtemps été minimisée par l’Occident. Déjà que la guerre du Vietnam est assez mal étudiée, que dire de son pays voisin, le Cambodge qui a vécu une guerre effroyable ente Les Khmers rouges et forces cambodgiennes entre les années 70 et 75. Le sud, dont Kampot, capitale provinciale en a beaucoup souffert. La nuit vient de tomber, et j’assiste à un spectacle étonnant des lucioles dansant au-dessus de la rivière. Je me jette à l’eau, le plancton alors dérangé s’offense et l’eau salée brille de mille feux par la fluorescence de ces derniers. Phoun sourit de mon étonnement et de la joie que me procure ce moment. Je rejoins mon bungalow qui offre un paysage superbe, où le terrain est entouré de grands palmiers à sucres surplombant la rivière. Le lendemain, j’embarque sur le bateau qui se trouve devant l’hôtel. J’en profite pour regarder le travail des villageois au bord de l’eau et de la simplicité que dégage ce peuple en nous souriant au loin. L’eau est si calme que les plus belles photos sont à saisir. Les palmiers à sucre se reflètent dans le rivage, je me sens seule au monde loin de tout bruit jusqu’à entendre les calaos à casque rouges survolant au-dessus de ma tête, me ramenant à l’essentiel. Ils sont reconnaissables grâce à l’originalité de leurs battements d’ailes. 3 battements succédés par un vol plané sont la caractéristique de l’espèce. Je descends du bateau pour rejoindre la fameuse boucle vert, tour que l’on parcourt à kayak au sein même de la mangrove, superbe écosystème productif qui assure aussi contre l’érosion et les tsunamis. Son utilité s’ajoute à la beauté des lieux inédits. La petite taille des kayaks nous permet de serpent au milieu de cette faune et flore sauvage étonnant, où la nature se bat chaque jour pour subsister. Après cette balade plaisante, je continue mon périple à vélo pour longer la campagne avec ses rizières verdoyantes. Les paysans échangent facilement des sourires, et c’est vrai qu’il est difficile d’oublier que le Cambodge est réputé pour la chaleur et générosité des villageois, non rancuniers de son histoire si effroyable. Le deuxième jour, je pars pour le Bokor, à environ 1 heure de marche de Kampot, dans les hauts plateaux d’une chaîne montagneuse nommée « la chaîne de l’éléphant ». Principale attraction touristique, c’était la station balnéaire française du temps de la colonisation. Lieu interdit aux Cambodgiens pendant cette période, les jeunes français pouvaient alors s’imaginer l’Europe à leur façon. D’ailleurs, il subsiste un casino, une église et un hôtel aujourd’hui détériorés et abandonnés, qui étaient dans les années 50, un haut lieu de villégiature très prisé par les Français et connu de toute l’Indochine. Ce beau monde fut évacué pour laisser place aux Khmers rouges. Sur la route, nous suivons note guide, qui a connu l’horreur de la guerre et qui connaît bien ces montagnes. En 70, il n’a que 13 ans quand il se réfugie dans la forêt comme il peut avec ses frères, afin d’éviter les bombes lancés par les Américains destinés aux Viêt-cong. Malheureusement, la plupart du temps, c’est la population civile cambodgienne qui est touchée. Il se retrouve alors avec une arme à la main peu de temps après. C’est en 1975, quand les khmers rouges arrivent au pouvoir qu’il entre en résistance. On peut déceler encore des traumatismes dans sa voix éraillée. Quand il part au Vietnam rejoindre les autres opposants, c’est avec du monde qu’il revient en libérateur en 79, épaulé par l’armée vietnamienne qui décide alors de s’installer sur du long terme. L’armée Saigon quittera les lieux qu’en 89. Il nous raconte que même après la mort de Pol pot en 98, les khmers rouges continuent à se cacher dans les forêts pour surprendre la population en posant des mines dont le pays essaye encore de se débarrasser… Enfin ce lieu a quelque chose de mythique, qui sort de l’ordinaire. Une colline pleine de mystère sort de nulle part, sûrement due aux nuages qui peuvent cacher pendant des heures la forêt et les bâtiments français perdus dans ce brouillard. En visitant cet ancien palace où il ne reste plus que les murs, je me surprends à croire aux fantômes. Ces murs me ramènent à l’histoire du Cambodge, où j’imagine autant la période faste des années 50, que l’horreur qui a suivi. Ces monuments ont tout vu, ils seront détruits pour laisser place à la construction d’un nouveau palace… à méditer.

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