Expropriation de KULEN basecamp par le gouvernement pour des raisons de défense nationale 2026
Lettre officielle du gouvernement (ci-dessous)
Je vais essayer d’être bref sans y réussir dans cette annonce officielle, aussi désagréable que triste : la fermeture de notre KULEN Basecamp est effective dès aujourd’hui, le 8 février 2026. Deux semaines me sont donnees pour plier bagage et partir vers de nouvelles montagnes et forêts. Le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge a accéléré les programmes militaires de défense dans le pays, et la raison invoquée dans la lettre officielle du gouvernement est celle de la sécurité nationale.
Non, ce n’est pas totalement une surprise, car cette épée de Damoclès s’ est dessinée depuis plus de deux ans, lors de ces visites officielles de personnes en uniforme kaki et métallique qui revendiquaient déjà l’endroit, s’y pressant pour des selfies en rafale, comme pour en sceller la future acquisition. Un mauvais signe.
Puis les rumeurs villageoises ont monté jusqu’à mon camp, suivies d’une vague d’informations du MoE évoquant une possible erreur de leur part, et d’une convocation du Ministre à Phnom Penh. Il était clair que cette situation n’était pas durable.
Pas banal, pour un Lausannois, de se faire exproprier par le Ministère de la Défense d’un parc national au Cambodge. Statistiquement, je dois être le seul, d’ailleurs. Crotte.
Dans ces cas, et par intégration culturelle aussi, on se complaît nerveusement à pointer du doigt le “Karma”, improbable, mais pratique, gratuit, sans dette ni trace. Cela permet de se mi-décupler, d’envisager, tout de même, un avenir raisonnable et, sournoisement, de relever la tête, continuer à improviser et à rêver. CQFD.
Deux, c’est assez. Trois, c’est trop. Eh bien, que nenni ! Quelques mois plus tôt, cette menace d’expulsion (après plus de deux ans de résistance) m’avait permis de rencontrer à plusieurs reprises H.E. Ministre de l’ Environnement H.E. Eng Sophalleth, pour échanger sur le rôle et les dangers du tourisme sur l’environnement (mauvaise gestion du Parc national de Kirirom par exemple). Aujourd’hui, j’ai l’honneur de piloter son nouveau projet d’écotourisme sur la magnifique montagne de Khnorng Phsar, dans la province de Kampong Speu. Un défi, car je suis en perpétuelle contradiction avec les idées souvent préétablies du gouvernement, et je crains que mon cahier des charges, quelque peu djihadiste (pas d’accès en véhicule, uniquement à pied, limiter au maximum les matériaux comme le béton ou le métal, interdire la climatisation inutile a 1100 m d’altitude, gestion des déchets irréprochable, etc.), irrite certains et ne me vaille mon renvoi. D’ailleurs, mes proches et entourage se gaussent de mes idées farfelues et ne croient pas une seconde que le gouvernement me suivra. Et ils ont probablement raison. Mais au moins, j’aurai essayé, et l’avenir nous le dira.
En gros, je suis viré et dois fermer le KULEN Basecamp sur ordre du Ministre, qui, lui-même, travaille avec moi sur la durabilité des projets d’écotourisme dans les parcs nationaux au Cambodge… Cherchons l’erreur.
Mais en attendant, ma priorité est de m’excuser auprès des nombreux donateurs, particuliers, familles et entreprises, de leur avoir fait croire à ce projet. Vous m’avez soutenu et fait des dons pour le KULEN Basecamp, et j’ai échoué. Je ne peux même pas vous rembourser, et je vous présente mes plus sincères excuses.
Je ne peux que vous promettre de trouver des alternatives, sachant que la situation économique au Cambodge est mauvaise (sans compter son image), que je n’ai donc pas de fonds (chute du tourisme due au conflit thaï-cambodgien et au Moyen-Orient, ainsi qu’à des centres de scam). Comme mentionné dans la lettre, H.E. m’offre un autre terrain dans le parc, et je me hâte dès demain de fouiller les lieux pour y trouver l’endroit qui me motivera à relancer le KULEN Basecamp 2.
J’ai profité cinq ans de ce magnifique endroit, et avec mon équipe, nous avons créé un petit bijou qui sera, hélas, rasé en un conflit, car l’Histoire aura voulu ainsi perturber la durabilité de ce projet. Les voyageurs qui ont connu Kulen basecampen sont repartis ravis de cette expérience unique en milieu naturel. Le produit est bon, et je pense donc être prêt à recommencer un nouveau projet d’écotourisme, encore plus beau et plus fou et toujours dans le parc national de Phnom Kulen.
En dernier mot, une touche non cynique ni ironique : je tiens à remercier H.E. Eang Sophalleth, non pas pour m’avoir ordonné de plier bagage, mais pour avoir cru en mes projets, m’avoir offert la possibilité de me refaire (terrain gratuit) et soutenu ma démarche écoresponsable. Sa lettre de recommandation m’honore, et je l’en remercie.
Sur ces mauvaises nouvelles, ironie du sort, je vous souhaite en ce 14 avril 2026, une bonne nouvelle année khmère ! Elle a commencé aujourd’hui et le temps des festivites, oublions ces tracas et célébrons cet événement en famille.
Bonne année à tous ! Santé et bonheur…
Laurent Terre Cambodge, ex-KULEN Basecamp
Lettre officielle ci dessous
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